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Lorsque l'on pratique seul zazen, l'esprit d'éveil a tendance à s'émousser. Rien de tel alors que d'écouter un kusen.

Les kusen sont des enseignements dispensés pendant zazen, la méditation assise. Le maître y aborde des thèmes très variés : par exemple il enseigne les bases de la méditation ou il commente les anciens sutras du bouddhisme.

Le kusen encourage fortement le pratiquant.

Des kusen de Maître Roland Rech sont disponibles gratuitement sur le site du temple Gyobutsuji de Nice.
Pour les trouver, il suffit de taper dans google: podcast Roland Rech ou de se rendre directement à l'adresse suivante: 
https://zen-nice.org/gyobutsuji/zen-meditation-assise-nice/podcast/

Ils durent entre 5 et 15 minutes et sont précieux pour le pratiquant solitaire qui entend la voix de son maître le rejoindre où qu'il soit.

Voici par exemple le contenu du podcast du 19 septembre, intitulé Ni amour ni haine Ni choix ni rejet, retranscrit par mes soins pour toi :

Pénétrer la Voie n’est pas difficile. 
Il faut éviter de choisir : ni amour ni haine, ni choix ni rejet. 
La Voie apparait clairement devant nous.

C’est le 1er verset du Shin Jin Mei, le poème sur la foi en l’esprit.

En zazen, on reste concentré sur la posture du corps et attentif à la respiration.
En ce qui concerne l’état d’esprit, il faut éviter de choisir c’est-à-dire que ce qui importe ce n’est pas à quoi en pense, mais comment l’on pense.
On ne peut pas éviter une certaine activité mentale. Mais on peut éviter de s’y attacher.
Autrement dit, on peut laisser l’activité du mental se dérouler sans notre intervention simplement voir ce qui se passe et laisser passer ; ne pas s’attacher aux bonnes pensées, ne pas vouloir rejeter les mauvaises pensées, ne pas juger ni discriminer.
Et même lorsque l’on discrimine, simplement voir que l’on discrimine mais ne pas enchainer consciemment, volontairement sur la base de ces discriminations.
Par exemple, si une pensée nous vient au sujet de la vie quotidienne, d’un problème particulier à régler, on remarque que cette pensée nous vient et si on enchaine sur cette pensée en se mettant à rechercher consciemment comment on va résoudre notre problème dans la vie quotidienne, alors là on est plus en zazen. C’est l’esprit ordinaire de l’ego, l’esprit qui discrimine qui réfléchit, choisit et rejette, qui fonctionne.
Dans ce cas-là, cela veut dire qu’on perd son temps à rester assis sur un zafu. Mieux vaut aller prendre un café réfléchir volontairement à son problème.

[Penser sans penser : penser sans choix ni rejet]

Par contre croire que zazen consiste à ne penser à rien est faux. On ne peut pas ne penser à rien. Mais on peut penser sans penser c’est-à-dire sans s’attacher à ses pensées, sans penser volontairement.
Laisser simplement passer les pensées. En prendre conscience un instant et revenir à la posture du corps et à la respiration.
Cela entraine automatiquement un grand lâcher-prise et ça nous aidera dans la vie quotidienne pour pouvoir être confronté à toutes sortes de phénomènes sans trop d’attachement et à pouvoir se libérer rapidement de ses préoccupations.
Ne pas ruminer ses pensées à longueur de journée, ce qui parfois cause l’épuisement de l’esprit. Beaucoup de gens à l’heure actuelle sont fatigués, certains à cause de leur travail mais beaucoup à cause de leurs obsessions mentales, leurs ruminations. Car, quand le cerveau est actif à ce niveau-là, il consomme énormément d’énergie et provoque de la fatigue.
Donc la pratique de zazen peut nous aider à débrayer, à ne pas enclencher des pensées à propos de nos pensées. Autrement dit apprendre à lâcher prise et ainsi à retrouver sans cesse un esprit neuf, disponible. Surtout un esprit libéré du choix et du rejet

[La vie quotidienne libérée du choix et du rejet]

On a l’habitude de choisir ce que l’on aime, de rejeter ce que l’on aime pas et du coup nous ne vivons que la moitié de ce qui se présente dans notre vie.
Par exemple en ce qui concerne la pratique dans le dojo, certains aiment zazen mais ils n’aiment pas le samu alors ils se dépêchent de partir quand il y a le samu ou alors carrément ne viennent pas le jour du samu.
Lorsqu’on aime la méditation, on n’aime pas le travail or la pratique du zen fait du travail une méditation et il faut en faire l’expérience.
Et si on réalise cette expérience dans le dojo, on peut la poursuivre dans la vie quotidienne, naturellement, considérant son travail comme un samu c’est-à-dire un service rendu à la communauté. A ce moment-là on va le rendre le mieux possible, pas pour sa carrière, pas pour l’argent, mais pour le service rendu. Alors le travail prend un sens tout autre, beaucoup plus satisfaisant. Et surtout notre vie devient unifiée.
Il n’y a pas une partie de notre vie consacrée à ce que l’on aime et une autre partie perdue à cause de ce que l’on n’aime pas. Tout devient une occasion de pratique et d’éveil c’est-à-dire de libération d’avec notre esprit de choix et de rejet. On peut alors vivre la totalité de ce qui se présente à nous, non pas la moitié seulement.

[Adopter la vision globale avec ses ombres et ses lumières]

C’est un peu la même chose que lorsqu’on lit un journal, évidemment on a tendance à lire ce qui nous intéresse et à ne pas lire ce qui ne nous intéresse pas. Mais dans ce qui ne nous intéresse pas, il y a certainement des informations qu’il serait bon d’avoir assimilées pour avoir une vision globale de ce qui se passe.
La même chose pour ce qui nous traverse l’esprit : des bonnes pensées, des mauvaises pensées. Les deux sortes de pensées font partie de ce qui existe dans notre subconscient. Il est important d’en voir le paysage global, avec ses ombres et ses lumières.
Pour cela, commencer ses journées en faisant zazen nous donne une vision juste, une manière juste de voir ce qui se passe, avec un esprit vaste, au-delà des choix et des rejets.
Même si choix et rejet il y a, inclure ces choix et ces rejets dans ce que l’on observe. C’est-à-dire ne pas les suivre, ne pas s’y engager, c’est ce qui fait de la totalité de notre vie une occasion de pratiquer la voie, une multitude d’occasion pour pratiquer la voie et d’avoir une vision globale de l’existence et non pas partielle. Comme si dans un paysage on ne voulait regarder que la partie ensoleillée et ne jamais regarder ce qui est à l’ombre. Si on regarde ce qui est à l’ombre dans notre esprit, cette ombre en est éclairée.