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Sainte Thérèse vient de mourir, son sourire de ravissement se lit encore sur son visage

 

Je viens d'écouter une présentation de la vie de sainte Thérèse par Arnaud Dumouch et un aspect particulier de sa vie spirituelle m'a frappée:

Comme lui avait enseigné sa maman Zélie et ses soeurs, Thérèse accordait une attention toute particulière aux "sacrifices". Cette expression devenue désuète désignait le fait d'accepter sans broncher une contrariété, une moquerie, une accusation injuste, sans s'y opposer ni tenter de se justifier pour faire valoir ses droits ou redresser son image. Lâcher prise, et offrir cet effort au Seigneur, le sourire aux lèvres.

Lorsque ses camarades du pensionnat la persécutent et la moquent.
Lorsqu'une de ses soeurs du Carmel l'accuse injustement.
Lorsqu'elle se force à aller vers la soeur qui lui déplaît le plus.
Lorsqu'elle accueille le sourire aux lèvres les demandes de ses soeurs carmélites alors qu'elle est épuisée par la maladie.
Souffrance également que cette "nuit de la foi" qu'elle a vécue de sa profession perpétuelle jusqu'à sa mort.

Tous ces combats, Thérèse les menait dans le secret de son coeur.

Le fait d'adopter cette attitude dès l'enfance, avec le support de son «chapelet des sacrifices» par exemple, l'a-t-il aidé, entraîné à supporter les grandes souffrances ultimes (mourir d'étouffement à travers la terrible tuberculose) ?

L'esprit de sacrifice m'a longtemps paru suspect car le masochisme me semblait proche, le goût pour la douleur, l'exaltation malsaine de la souffrance.

Plusieurs questions se lèvent alors:

- N'est ce pas un effort de l'ego? l'ego spirituel?

- La volonté est un muscle qui s'use parfois. A trop en faire, on flanche, ce qui s'avère inefficace.

- N''est ce pas un manque d'amour envers soi-même?

Et puis pourquoi Dieu voudrait-Il recevoir un tel cadeau? Nous aime-t-il souffrant? Plus je souffre en silence plus Il aime ça?

A y regarder de plus près, je m'aperçois qu'une lecture différente peut être faite: le Bouddha nous explique que notre condition existentielle est une condition souffrante. La vie est souffrance, c'est un fait inévitable.

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Thérèse, malade écrit ses mémoires 
à la demande de sa mère supérieure. 
Ce sera «L'Histoire d'une âme»

Thérèse prend cette souffrance quand elle se présente et la prend comme une occasion de la métamorphoser, de lui donner un sens, de la transfigurer.

Les petites brimades du quotidien jusqu'à la grande souffrance de l'agonie, elle les a vécues dans cet esprit-là. Dans une acceptation-don en vue de plaire à Dieu, de se sanctifier et de «sauver des âmes» c'est à dire de sanctifier les autres. 

Cette acceptation est un oubli de soi pour faire la volonté de Dieu.

C'est ce l'on a nommé la « petite voie » de Thérèse : avancer pas à pas en acceptant nos limites, faire de petits actes de vertu, à notre mesure, dans un désir de communion avec Dieu. 

Le sacrifice, l'amour en action

Thérèse présente également sous ce jour de sacrifice le fait d'aller à l'encontre de son caractère, de mater ses défauts. Elle mène une lutte intérieure secrète pour se corriger. Cela me rappelle l'"effort juste" dans le noble sentier octuple du Bouddha.

Cet esprit de sacrifice reste cependant incompréhensible si l'on ne considère pas vers quoi il est orienté: l'amour.
chapelet

Arnaud Dumouch explique:

«L'amour n'est pas seulement  le sentiment d'aimer, avec ce plaisir qui vient quand on aime.
L'amour puisqu'il revient à chercher le bien d'autrui, se nourrit de sacrifices puisque l'on renonce à son propre plaisir pour le plaisir et le bonheur d'autrui. Donc l'amour se nourrit de sacrifices. On se dépasse par le sacrifice.»

Sa vocation, le sens profond de son existence, Thérèse l'a formulée de cette magnifique formule:

«Dans le coeur de l'Eglise, ma mère, je serai l'Amour»

 

à suivre demain: Le sacrifice: une lecture bouddhiste #2