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«Assieds-toi.

La porte de l'aisance et de la joie se trouve en tous lieux, c'est en vérité la porte dépourvue de toute porte car elle n'est rien que toi et n 'est jamais séparée des Bouddhas des trois temps. Ici, le mondain et le sacré n'ont plus cours. Ici la lumière jaillit librement des formes et de l'espace. Rencontrer la personne authentique dans cet ici est notre grande oeuvre et notre joie.  Le Samadhi dans lequel le soi-même est reçu, déployé .Connais-toi toi même vraiment. Oublie-toi. Laisse tous les dharmas et les innombrables choses s'avancer, illumine et réfléchis-les.

S'il te plait, assieds-toi.

Dans l'ici, ne choisis pas d'endroit particulier. Assieds- toi n'importe où. Dans les villes, les trains, les rues, quoique ton regard rencontre, tu trouves alors les vraies montagnes. Porte le kesa, la robe rapiécée faite du corps de toutes choses, le vrai kesa enveloppe tout, cette robe n'est pas un simple tissu, mais la robe de l'assise: peau, chair, os et moelle de tous les Tathagatas.

Enveloppé de vêtements amples et du kesa, assis sur le coussin, en lotus ou demi lotus, en posture birmane, sur un banc ou une chaise, assieds-toi, et si tu ne le peux pas, allonge les jambes légèrement écartées et les genoux pointant vers le ciel et l'abdomen relâché, les hanches ouvertes, les épaules oubliées, toute entreprise laissée de côté, abandonne le poids de ton corps à travers les ischions et les genoux, fais osciller ton dos jusqu'à ce qu'il se stabilise doucement au point vertical et médian sans que tu sois penché en avant ou arrière. Redresse-toi sans effort, le bas du dos gardant une courbure naturelle, ta tête assise avec aisance au sommet de ta colonne vertébrale, fraîche et souple, la langue touchant le palais, les mâchoires détendues, la nuque détendue, le regard posé devant toi ne fixant rien, ne flottant pas non plus, comme s'il contemplait des montagnes lointaines. Tes mains formant le mudra universel sont placées sous le nombril, leur tranches touchant l'abdomen, la main gauche sur la droite, paumes vers le ciel et l'extrémité des pouces se touchant à peine. Reposer l'esprit dans le mudra signifie qu'il suffit de laisser le mudra te faire, te défaire et t'oublier. La respiration ne fait l'objet d'aucune attention particulière, tu inhales et exhales naturellement, sans pousser ni forcer quoique ce soit. Une fois que le mudra se manifeste en tant que corps-esprit, de la poussière à l'étoile, instantanément, l'entière réalité est illuminée.

Le secret du sceau de l'esprit du Bouddha est ouvert, juste ici et maintenant, devant tes propres yeux. Ne fais rien, sois sans fabrication. Abandonne toute affaire, l'idée d'être quelqu'un d'autre ou de réaliser quelque chose de spécial. Ici, le voyageur, le chemin et la destination ne sont ni deux ni un. Ainsi assis, assis dans l'ainsi, cultive l'intention de te tenir droit et cependant ne la réalise pas. Dans le non-faire, la réponse naturelle à la gravité se fait d'elle-même. Un millimètre d'action et terre et ciel bleu se trouveront séparés, le moindre faire et tu te seras déjà égaré. Laisse-toi prendre par le paisible état. Sois chez toi dans le sans- demeure.

Tu ne trouveras ici nulle trace, comme ces canards sauvages s'envolant d'une rivière, comme la neige sur la neige. Cela n'a aucune saveur particulière, 29598180_1909008302445077_5025553742893610785_nmusique dépourvue de sons, chevauchant le buffle et soufflant dans une flute vide, toutes choses au repos et pourtant si vivantes. Les poissons frayent , les oiseaux volent, et, ce faisant, ils retournent à la condition normale et originelle. Alors que tu laboures les nuages et traverse toute l'étendue du ciel, sois à ton aise. Les choses et les pensées viennent jouer pour aussitôt s'évanouir. Cesse de t'inquiéter. Le corps transitoire et dynamique de la réalité n'est autre que le corps des Bouddhas. Ne t'attache ni à ceci ni à cela. Il n'est plus nécessaire de traîner dans le royaume des opposés, de choisir ou de rejeter. Facile, il est facile d'aller et de réaliser.

Ne t'assieds pas comme Bouddha, laisse Bouddha t'asseoir. Tout comme la rondeur et plénitude de la lune, ton visage originel apparaît spontanément, automatiquement, libre et sans contraintes. Il ne t'appartient pas de le voir, mais sans le savoir, de l'être.

Ici, d'innombrables illusions apparaissent et disparaissent. Des rêves et des ombres s'élèvent, laisse les aller et venir. Même ces pensées sont la matière qui compose le terrain originel. dans l'état de la montagne, comment le vaste ciel pourrait être obstrué par les nuages flottants et dérivants? Comment un nuage pourrait il cacher le vaste ciel? Ciel bleu et nuages, même origine. Sois juste conscient du paysage du corps esprit et alors que tu t'égares, reviens, ici et maintenant. Encore et encore. Tu peux placer ton esprit dans la paume de ta main gauche, te concentrer sur la rectitude de ton dos, entendre les sons et y être attentif sans pourtant les suivre, finalement il n'y a rien a faire et personne pour faire quoique ce soit. Laisse le "je ne sais pas" apparaître de lui-même.

Cette assise est sans objet ni intention. Seule la claire attention panoramique, sans jugement qui se porte sur ce qui s'élève dans l'ici et le maintenant. Ne t'attache ni à ton incompréhension ni à ta compréhension, ne recherche pas le vrai et ne crains pas le faux, libère-toi du domaine des désirs,: calme, sois la totalité du corps-esprit qui réfléchit sans juger les autres ou toi-même. S'asseoir ainsi est pénétrer jusqu'au tréfonds la grande question, la percer et pénétrer totalement.

Surtout ne pense pas que Shikantaza est seulement rencontré et réalisé sur le coussin. Alors que tu te lèves, emporte le avec toi, et va les mains vides, vivant pleinement l'ordinaire nuit et jour. Cette vie-mort vaut la peine d'être vécue. Ici et maintenant, l'absolu et le relatif dansent et s'effondrent l'un dans l'autre. Le temps passe comme une flèche et tu n'as jamais été si proche du trésor de l'oeil de la vraie Loi.

Sois cela.

Assieds toi.»

Pierre Turlur