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J’aime la foi chrétienne. 
Pourtant, je suis le Dharma, la Voie du Bouddha depuis près de vingt ans. Mais ce n’est pas un choix en rejet de ma foi d’origine. Au contraire, j’aime la disposition intérieure à laquelle la foi en Jésus invite. 

J’aime l’attention avec laquelle elle guide les hommes et les femmes pas à pas, sur leur chemin en fonction de leur état de vie.
Le père de famille, le moine, la vieille dame et l’adolescent sont chacun appelés à la sainteté selon leur devoir d’état. Le chemin vers Dieu les cueille là où ils sont et les invite à découvrir l’amour, l’abandon, la confiance, le dépassement de soi et de l’Adversaire…

J’aime le chemin de vie que le Christ propose, je suis bouleversée par son histoire, sa pureté, son sacrifice ultime, sa bienveillance.
J’aime le chemin qu’il propose aux croyants et la force qu’insuffle cette foi.
Te sentir aimé de la sorte ne t’empêchera pas de souffrir mais ni le désespoir ni la profonde solitude ne sont plus possibles. Car Dieu est là au creux des ténèbres.

Cet amour merveilleux, cette voie exigeante, je veux les transmettre à mes enfants.

Je n’ai pas hélas la grâce de croire.

Je ne veux cependant pas faire obstacle à la foi de mes enfants. Elle a besoin que je sois un canal ouvert vers ce Dieu que je ne sens pas. Alors je les tends vers Lui. Moi dont le cœur est insensible à Son amour. Heureusement, il y a le catéchisme et de vrais croyants pour m’aider à les guider sur le chemin vers Dieu.

Cependant cela reste difficile par moments.

Dire le Je crois en Dieu m’est difficile
Faire le signe de Croix m’est difficile,
Communier est difficile.

Je me sens illégitime et menteuse alors que ce sont les plus belles motivations qui me poussent à accompagner mon mari et mes enfants chaque semaine à la messe.

Je pense parfois aller trouver un prêtre pour lui faire part de mes scrupules. Mais ceux à qui j’ai parlé par le passé, tandis que j’essayais encore de croire, n’ont pas compris. Ils me disaient, selon la formule célèbre de Pascal :

« Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé ».

Je ne le cherche plus aujourd’hui mais je me mets à l’école de cette vie chrétienne.

Marcher sur mes deux jambes

Seules quelques personnes au parcours bien singulier - ouvertes par leur histoire au dialogue interreligieux - peuvent comprendre ce que je vis : ce vieux prêtre qui pratique zazen chaque jour depuis des décennies, cet ancien bénédictin devenu maître zen…

Je ne cherche pas à entrer dans une case, à choisir l’une ou l’autre de ces deux voies.

J’ai grandi dans la foi chrétienne et j’ai choisi la foi bouddhiste. Intellectuellement, c’est celle-ci que j’adopte. Mais je ne renie pas la religion chrétienne qui reste ma langue maternelle contre vents et marées et dans laquelle je trouve tant d'inspiration.

En attendant cette improbable rencontre, je poursuis mon chemin en suivant le conseil que m'a donné Frère Benoît :

«Posons rapidement quelques jalons d'une sorte d'école de tissage:
Tout d'abord, il y faut un milieu favorable, un lieu spirituel de dialogue où il est possible de rencontrer des personnes poursuivant une recherche analogue et avec qui on peut se comprendre.  Ensuite, il est nécessaire de donner de la densité à chacune des deux traditions: en particulier les pratiquer toutes deux, afin qu'elles se trouvent ensemble dans une sorte de partenariat équitable.
Puis il convient, si ce n'est déjà fait, d'éveiller la conscience d'un Centre sacré; ce peut être la personne du Christ, Maître intérieur, ou bien la "Grotte du Coeur", ou bien la "Nature de l'Être". Car on ne peut s'unifier qu'autour d'un centre.
Ensuite, on n'échappera pas à une réflexion en profondeur, car on a besoin de comprendre les enjeux de ce processus.
Et enfin, n'oublions pas que cela demande du temps et de la persévérance; Henri Le Saux y a passé plusieurs décades de sa vie. Il a appris que ce n'est pas "moi" qui opère cette unification; "ça" s'opère par la grâce du Centre divin qui habite toute vie humaine.»

S'enraciner profondément dans la tradition que l'on a choisi et renouveler son regard sur sa tradition d'origine.
Si ce programme exigeant est parfois inconfortable et souvent de longue haleine, il est si enrichissant !

 *Lumières dans l'ordinaire des jours de Frère Benoît Billot, p.53. Edition Médiaspaul