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Je suis une adepte des routines.

Il s'agit pour moi de définir précisément ce qui est réellement important dans ma vie et de traduire ces priorités concrètement dans chacune de mes journées. 

Pour beaucoup de personnes autour de moi, cette manière d'organiser sa vie et ses priorités semble tout à fait farfelue.

On m'objecte souvent: "la routine c'est ennuyeux, cela manque de spontanéité"! 
C'est oublier que la routine est un cadre qui laisse son centre vide pour les surprises de chaque jour. Et puis c'est indispensable pour la maman active de trois enfants que je suis !

Chaque matin je m'éveille avec la joie de bénéficier de 3/4 d'heures rien que pour moi, pour me consacrer dans le silence aux activités qui sont importantes à mon équilibre. Et je m'y consacre dès le lever. Ce «miracle morning» donne le la à la suite de la journée. (J'avoue qu'il y a des matins où la fatigue prend le dessus, où la nuit fût courte... la routine devient alors souple, le temps de me reposer un peu plus et de retrouver l'élan pour reprendre le rythme que j'ai choisi.)

Je prends un grand plaisir à concevoir cet ensemble de petits gestes ou d’actes que je pose l’un après l’autre, dans le même ordre chaque jour.

Sur le modèle des rêgles monastiques

Lorsque j'élabore ou améliore une routine, j'ai le sentiment de créer une règle monastique personnalisée.
Je suis saint Benoît, qui doit veiller à l'équilibre de sa Règle! A l'équilibre entre rigueur et respect des besoins physiologiques et psychologiques.

journee type chartreuse converse

On a une capacité limitée de volonté chaque jour. Au fur et à mesure que la journée passe, notre capacité à faire preuve de volonté s'amenuise.
Rendre les bonnes habitudes routinières permet de les tenir plus facilement sur la durée.

J’ai ainsi ritualisé le zazen, le sport, le dessin, le chant, l’écriture, la lecture, les jeux de société avec les enfants, le ménage. J’ai un temps consacré à chacun de ces aspects important de ma vie.

Au coeur du coeur de chaque journée, on trouve bien sûr l'essentiel qui se traduit par des paroles et des gestes mais ne se note pas sur un planning: l'amour pour mon conjoint, pour mes enfants, pour mes amis. Mais cet amour se traduit aussi par plein de petites attentions qui trouvent leur place dans cette routine: prendre soin des corps, lire des histoires aux enfants, ranger et laver la maison...

Ces routines sont des engagements que je prends envers moi-même et j’essaie d’être le plus possible à l’écoute de ce qui me convient, d’où leur évolution fréquente pour les ameliorer toujours plus, retravailler les zones délicates. Je sais aussi parfois écouter ma lassitude et prendre plus de repos. Mais je garde à l'esprit le déroulé idéal de mes jours.

La construction d'une routine est une science concrète. Il s'agit de la rendre la plus fluide possible afin de rendre l'enchaînement des activités le plus naturel et évident, jusqu'à ne plus avoir à regarder la liste.

Comment construire ma routine?

Je commence par me poser quelques questions:

Qu'est ce qui est le plus important pour moi? Qu'est ce qui fait qu'à la fin de la journée, cette journée est une journée réussie et non une journée perdue?

- pratique de zazen
- exercice physique
- temps consacré aux enfants (écoute, lecture, jeux)
- bonne tenue de mon intérieur
- lecture et écriture
- apprentissage de quelque chose de nouveau: dessin, chant ou langue étrangère...
- temps de partage avec un ami

Une fois ces priorités listées, reste à les faire rentrer dans chaque journée.

Je dois ensuite prendre en compte mes contraintes: retour tardif à la maison dans mon cas, ce qui rend les soirées assez saucissonnées avec peu de temps consacré à la détente glandouille. Mais avec trois enfants et un travail prenant, je dois apprendre à profiter des espaces de liberté que s'offrent à moi dans les interstices: j'utilise mon temps de transport pour lire, ma pose déjeuner pour rencontrer les amis, papoter, lire ou écrire.

Pour moi cela donne ceci les jours de travail:

temps

L'entretien domestique demande une grande organisation également et celle que j'ai choisie me permet de ne pas passer plusieurs heures le week-end à nettoyer de fond en comble une maison dégoutante.
La tenue de notre intérieur reposant essentiellement sur mes épaules, j'ai décidé de l'organiser le mieux possible en répartissant une ou deux tâches par jour (poussière, aspirateur, repassage, papiers administratifs, tenue des comptes, lavage de la salle de bain, arrosage des plantes...).
Quinze minutes suffisent en général.
La plupart du temps, j'accomplis ces corvées sans rechigner car elles sont indispensables, mais lorsque elles deviennent pénibles, je me souviens de la phrase que m'a dit Roland cet été:

«Chacune de ces tâches que tu accomplis pour les autres,
de manière désintéressée,
c'est un point de couture de ton kesa.» 

Depuis les corvées me sont plus légères!

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Pour aller plus loin:

Un exemple de routine monastique: la vie au carmel

«La vie au carmel comprend trois grandes activités: la prière, le travail et la vie commune, le sommeil. Le planning d'une journée ne figure pas dans les constitutions du carmel, il est établi par la coutume de chacun d'entre eux. Au carmel de Montmartre, nous suivons le rythme suivant : 
- de 6 à 7 h, oraison
- de 7 à 8 h, petit-déjeuner en silence, laudes et rangement des cellules
- de 8 à 9 h, eucharistie
- de 9 h à midi, travail en silence (nos paroles se limitent aux rapports de travail)
- de midi à 13 h, temps de prière et repas
- de 13 h à 13h30, "récréation" communautaire
- de 13h30 à 14h30, lecture spirituelle
- de 14h45, temps spirituel (office de none)
- de 15 à 17 h, temps de travail
- de 17 h à 18h30, vêpres et oraison
- de 18h30 à 19h, repas
- de 19h à 20h10, "récréation" communautaire
- de 20h10 à 20h30, complies
- de 20h30 à 21h10, temps libre personnel en silence
- à 21h10, matines
- à 22h30, coucher
Le dimanche, notre planning est différent.Cette vie peut paraître monotone, elle ne l'est pas ! Elle peut sembler "hachée". Elle ne l'est guère si l'on prend garde à unifier sa pensée par la prière... »