Tsultrim Allione

 

Avec un esprit aimant, chérissez encore plus qu'un enfant

Les dieux hostiles et les démons d'existence apparente;

Entourez-vous d'eux tendrement

Machik Labdrön (1055-1145)*

 

à Paul

Je suis allée en sesshin pour rencontrer mon maître et avancer dans la pratique de l'éveil.

Chargée de mes idées sur ce qu'est un bon et un mauvais zazen,
Chargée de mon ego insatisfait de sa pratique - jamais assez pure-
Du poids de ma peur face au temps qui passe, face à mon esprit retors et à l'éveil qui me fuit,
Chargée de cet ego qui voudrait un zazen transparent à lui-même, vide de pensées, vaste, stable et clairvoyant.
Un zazen qui ferait de moi une sainte en dehors du dojo. 

Et ce que j'ai trouvé sur le zafu...

Ce sont ces pensées collantes et molles 
Et ce terrible et flamboyant désir,

The beast in me,

Qui n'a pas tardé à se fixer sur ce jeune homme qui plongeait son regard azur dans le mien...

Face à ce désir, la bataille est perdue d'avance. D'ailleurs je ne vais pas lutter.

Il n'a rien d'une goule assoiffée de sang.
C'est une formidable énergie vitale avec laquelle je dois apprendre à vivre en paix. 
Si je le mets en cage, ses hurlements se feront de plus en plus stridents et toute cette énergie sera perdue.

God help the beast in me

Et puisque je ne crois pas en Dieu, c'est moi qui vais venir en aide à cette bête en moi... 



The beast in me

Is caged by frail and fragile bars
Restless by day
And by night rants and rages at the stars
God help the beast in me

The beast in me
Has had to learn to live with pain
And how to shelter from the rain
And in the twinkling of an eye
Might have to be restrained
God help the beast in me

Sometimes it tries to kid me
That it's just a teddy bear
And even somehow manage to vanish in the air
And that is when I must beware
Of the beast in me that everybody knows
They've seen him out dressed in my clothes
Patently unclear
If it's New York or New Year
God help the beast in me

The beast in me


Selon Tsultrim Allione, dont on m'a, fort à-propos, conseillé la lecture,  il s'agit, non de combattre, mais de nourrir ses démons, afin de les transformer et les libérer:
«Peurs, obsessions et dépendances sont des parties de nous-mêmes qui ont été démonisées parce que nous les avons clivées, désavouées et combattues.
Plus nous fuyons nos démons, plus ils nous pourchassent.
En les combattant comme s'ils étaient des forces informes, nous les rendons plus puissants et risquons même d'y succomber. [...]
En entrant en contact avec eux, nous pouvons atteindre la racine de nos comportements et transformer cette énergie en force positive.
Cela ne signifie pas que nous devions nous laisser aller à des actions destructrices, cela veut dire que nous devons reconnaître nos besoins profonds. La pratique consistant à nourrir ses démons rend cette transformation possible. [...]
En accordant une pleine attention à l'appel profond dissimulé derrière nos désirs et envies, et en reconnaissant cet appel, nous pouvons apprendre à satisfaire les vrais besoins du démon, au lieu de nous contenter de le faire taire provisoirement ou de le combattre.
Une fois satisfait, le démon s'en va.
Nos démons gagnent en force si nous les combattons ou les ignorons, parce qu'ils se nourrissent de l'énergie que nous déployons dans cette lutte.
C'est la raison pour laquelle il faut entrer en contact avec nos démons et les nourrir, plutôt que les combattre ou les ignorer.»
Tsultrim Allione
Nourrir ses démons
Utilisez la sagesse ancienne pour résoudre vos conflits intérieurs
Edition Le jour p.46-52

 dragon oeil

La Bête en Moi

La bête en moi
Derrière les frêles barreaux d’une cage
Fait jour et nuit remue-ménage
Et aux étoiles hurle sa rage.
Dieu sauve la bête en moi !

La bête en moi
A dû se faire à la douleur
La pluie, le froid, la chaleur,
On doit parfois, comme un dompteur
Calmer ses accès de fureur.
Dieu sauve la bête en moi !

Pour une peluche elle essaie
Parfois de se faire passer,
Et parvient à s’effacer
Et se faire oublier
C’est alors qu’il faut me méfier
De la bête en moi.

Dont tous on connaissance
Car quand elle prend mon apparence
Ce n’est que par chance
Qu’on peut voir la différence
Dieu sauve la bête en moi,
La bête en moi.

(Traduction : Polyphrène)